{"id":729,"date":"2019-04-15T16:13:59","date_gmt":"2019-04-15T14:13:59","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/?p=729"},"modified":"2019-04-22T11:04:47","modified_gmt":"2019-04-22T09:04:47","slug":"je-suis-un-migrant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/2019\/04\/15\/je-suis-un-migrant\/","title":{"rendered":"Je suis un migrant&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>A vingt ans, j&rsquo;ai quitt\u00e9 \u00ab&nbsp;ma terre&nbsp;\u00bb &#8211;\n\u00e9tait-ce bien la mienne d&rsquo;ailleurs&nbsp;? &#8211; pour une autre terre inconnue,\nlointaine sans me pr\u00e9occuper des notions d&rsquo;accueil, d&rsquo;int\u00e9gration,\nd&rsquo;adaptation, de rejet, de d\u00e9sillusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis parti, c&rsquo;est tout. Sans vraiment le savoir, j&rsquo;ai\nmis une distance entre ce que j&rsquo;\u00e9tais jusqu&rsquo;alors et ce que je serai devenu\nplus tard. <\/p>\n\n\n\n<p>Je suis devenu un migrant dans l&rsquo;espace-terre et\nparall\u00e8lement un migrant dans l&rsquo;espace-t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque je consid\u00e8re les migrants en qu\u00eate d&rsquo;un eldorado\nsuppos\u00e9, qui \u00e9chouent \u2013 dans les deux sens du terme \u2013 sur les c\u00f4tes\nm\u00e9diterran\u00e9ennes, je mesure combien ma situation de migrant d&rsquo;alors \u2013 pr\u00e8s de\ncinquante ans plus t\u00f4t \u2013 \u00e9tait enviable, voire dor\u00e9e. M\u00eame si les six cents\nfrancs de l&rsquo;\u00e9poque que je transportais en plus de ma valise en carton, ne\npesaient pas lourds face \u00e0 cette aventure que repr\u00e9sente tout d\u00e9part ignorant\nde l&rsquo;arriv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Venu d&rsquo;ailleurs, comment allais-je pouvoir \u00eatre re\u00e7u, me\nfaire accepter, moi, diff\u00e9rent de ceux que j&rsquo;envahissais sans soup\u00e7onner un\ninstant la trag\u00e9die de l&rsquo;histoire n\u00e9gri\u00e8re et coloniale qui, si elle avait\ndisparu, n&rsquo;en avait pas moins laiss\u00e9 les traces de son passage. Que savais-je\nde tout cela&nbsp;? <\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai d\u00e9barqu\u00e9 un apr\u00e8s-midi de septembre, accabl\u00e9 par une chaleur humide qui m&rsquo;envahissait, empli d&rsquo;ignorance et de timidit\u00e9. Et c&rsquo;est sans doute le seul ouvrage de Frantz Fanon que j&rsquo;avais d\u00e9nich\u00e9 un peu par hasard avant mon d\u00e9part&nbsp; qui m&rsquo;ouvrit la premi\u00e8re porte avant celle de l&rsquo;avion pour descendre sur le tarmac. En entrant dans un pays, j&rsquo;entrais inconsciemment dans une culture constitu\u00e9e de mille aspects qui m&rsquo;\u00e9taient \u00e9trangers. M\u00eame si la lecture m&rsquo;avait fourni quelques cl\u00e9s, je ne les avais pas encore introduites dans la serrure&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;\u00e9tais un migrant et bien des ann\u00e9es apr\u00e8s je suis\ntoujours un migrant, m\u00eame si l&rsquo;accueil que j&rsquo;ai re\u00e7u \u00e0 mon arriv\u00e9e &#8211; un accueil\ninattendu &#8211; m&rsquo;a convaincu tr\u00e8s vite que je serai ici un jour chez moi. Le\nsuis-je vraiment&nbsp;? Peu importe, je serai toujours d&rsquo;ici et d&rsquo;ailleurs&#8230;Je\ncontinue de migrer dans ma t\u00eate<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis parti et j&rsquo;ai eu la chance, \u00e0 travers une\nmultitude de rencontres, de me trouver, de trouver ma place qui n&rsquo;\u00e9tait pas au\nsoleil, mais au contact de. Il est parfois difficile de s&rsquo;int\u00e9grer et plus ais\u00e9\nd&rsquo;\u00eatre int\u00e9gr\u00e9, d&rsquo;\u00eatre reconnu pour qui l&rsquo;on est, c&rsquo;est-\u00e0-dire, en ce qui me\nconcerne, quelqu&rsquo;un qui en partant de chez lui a laiss\u00e9 quelque chose de sa\nsuffisance, de ses certitudes, de son exp\u00e9rience pour \u00eatre perm\u00e9able \u00e0 la\nnouveaut\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence, \u00e0 l&rsquo;enchantement et parfois au d\u00e9senchantement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis un migrant qui apporte peu pour apprendre\nbeaucoup, un migrant qui n&rsquo;est pas venu encombr\u00e9 de bagages tous plus inutiles\nles uns que les autres. Garder de la place en soi pour accepter de comprendre\nce qui va se jouer. Quitte \u2013 le pays &#8211; ou double \u2013 la mise &#8211;&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je repense \u00e0 tous les migrant.e.s de l&rsquo;\u00e9poque actuelle,\nchass\u00e9.es par la faim, la mis\u00e8re, la guerre et d\u00e9j\u00e0 les d\u00e9r\u00e8glements\nclimatiques, \u00e0 tous les migrant.e.s simplement persuad\u00e9.es qu&rsquo;ailleurs l&rsquo;air\nest plus pur \u00e0 respirer, le travail plus facile \u00e0 trouver, le logement plus\nconfortable \u00e0 habiter, les gens&#8230;les gens plus dispos\u00e9s \u00e0 vous\naccueillir&nbsp;: que de d\u00e9convenues \u00e0 leur arriv\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis un migrant qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de son pays, ma\nmigration bien qu\u2019un peu forc\u00e9e par les vicissitudes de la vie, n&rsquo;a rien de\ncomparable \u00e0 ces calvaires endur\u00e9s. J&rsquo;ai v\u00e9cu une migration toute en\ndouceur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis un migrant heureux et fier d&rsquo;y \u00eatre\nparvenu&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9rard Bouhot<\/p>\n\n\n\n<p>Militant AT CEMEA de Martinique<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"post-excerpt\">A vingt ans, j&rsquo;ai quitt\u00e9 \u00ab&nbsp;ma terre&nbsp;\u00bb &#8211; \u00e9tait-ce bien la mienne d&rsquo;ailleurs&nbsp;? &#8211; pour une autre terre inconnue, lointaine&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":732,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-729","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-projet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/729","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=729"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/729\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":733,"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/729\/revisions\/733"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/media\/732"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=729"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=729"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sites.cemea.org\/rome2019\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=729"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}